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Avancées technologiques · 13 octobre 2026
Linux codé par IA, avec le créateur du noyau aux commandes : Linus Torvalds a publié une série de huit correctifs écrits avec l’agent Claude Code, qui triple le débit des petites lectures dans son test. Le code n’est pas fusionné et n’a été testé que sur un portable. Mais le signal est fort : les agents de code touchent désormais le cœur des logiciels critiques.
Le 11 et le 12 octobre 2026, le site Phoronix puis Hardware Busters ont repéré dans le dépôt personnel de Linus Torvalds une branche nommée noref-filemap-read-with-llm. Elle modifie le cache de pages de Linux, l’une des parties les plus sensibles du noyau. Voici ce que l’IA a fait, ce qui a été mesuré et pourquoi c’est un repère dans la course vers l’IA générale et la superintelligence.
Qu’a fait Linus Torvalds avec Claude Code ?
Selon la lettre de présentation citée par Hardware Busters, l’agent Claude Code d’Anthropic a produit :
- le code des huit correctifs ;
- les tests et un programme de mesure ;
- une liste des problèmes encore ouverts ;
- le premier jet de la lettre de présentation.
Torvalds a dirigé le travail et lancé les mesures sur sa propre machine. C’est le schéma typique d’un agent IA de code : l’humain fixe l’objectif et vérifie, l’agent écrit, teste et documente.
Que change ce correctif dans le noyau Linux ?
Le cache de pages garde en mémoire les fichiers récemment lus. Aujourd’hui, chaque lecture prend une « référence » sur la page lue. Quand beaucoup de fils d’exécution lisent le même fichier, ces références se disputent la même ligne de cache du processeur et ralentissent tout. La série supprime cette référence : les pages libérées attendent un délai de grâce (mécanisme RCU), ce qui permet aux lecteurs de copier directement les données.
Quels résultats sur les performances ?
Mesures publiées, sur un seul portable à 4 cœurs et 8 fils :
| Mesure | Avant | Après |
|---|---|---|
| Lectures par seconde, 8 fils, un fichier | environ 10 millions | 30 à 33 millions |
| Cycles noyau par lecture, 8 fils | environ 2 950 | environ 725 |
| Cycles par lecture, 1 fil | 452 à 454 | 408 à 409 |
| Conflits de ligne de cache (HITM) | 30 538 | 101 |
| Cas défavorable : lecture de 16 octets vers une page non mappée | environ 4 150 cycles | environ 6 550 cycles |
Le gain est net sur les lectures concurrentes, mais il existe au moins une régression mesurée.
Quelles sont les limites ?
- Pas fusionné : la branche repose sur Linux 7.3-rc6 et dépend de l’avis des mainteneurs de la gestion mémoire.
- Un seul banc d’essai : un portable. Torvalds pense que les grosses machines multiprocesseurs gagneraient davantage, sans l’avoir testé.
- Mémoire : les pages libérées plus tard occupent la mémoire plus longtemps. Torvalds qualifie ce point de « partie la moins résolue ». Deux correctifs ajoutent une soupape de sécurité ; dans un test sous contrainte, une version à six correctifs déclenchait le tueur de processus en manque de mémoire, la série complète non.
Agents de code : plus de code, pas forcément plus de logiciel
Une étude publiée le même week-end nuance l’enthousiasme. Des chercheurs de Harvard, Fiona Chen et James Stratton, ont analysé les données de Jellyfish sur plus de 700 entreprises de logiciel. Après l’adoption d’agents de code, le nombre de lignes écrites augmente de 30 %, mais le temps de fusion des demandes de modification augmente de 49 % et les tâches de projet terminées ne bougent pas de façon significative. Le goulot d’étranglement se déplace vers la relecture et les tests. Le cas Torvalds l’illustre : l’IA écrit vite, mais la validation humaine reste le facteur limitant.
Ce que ça change pour la superintelligence
Les scénarios d’accélération vers l’IA générale reposent souvent sur une idée : des IA capables d’améliorer elles-mêmes les logiciels et l’infrastructure qui les font tourner. Voir un agent produire une optimisation crédible du noyau Linux, sous supervision d’un expert, est un pas concret dans cette direction. Nous avions déjà évoqué l’auto-amélioration d’un agent de code avec SIFT.
Deux nuances s’imposent. D’abord, il s’agit d’un travail dirigé par l’un des meilleurs experts mondiaux, pas d’une IA autonome. Ensuite, les gains mesurés en laboratoire ne valent pas validation en production. Toute date d’arrivée d’une super intelligence artificielle reste une prévision. Pour comparer les outils de ce type, voyez aussi notre sélection d’agents IA avec OpenAI Codex.
FAQ
Linus Torvalds utilise-t-il l’IA pour coder Linux ?
Oui, pour ce travail précis : il a publié dans son dépôt personnel une série de correctifs écrits avec Claude Code, en dirigeant le travail et en faisant lui-même les mesures. Le code n’est pas intégré au noyau officiel à ce stade.
Qu’est-ce que Claude Code ?
C’est l’agent de programmation d’Anthropic. Il lit un projet, écrit et modifie du code, lance des tests et propose des changements, sous le contrôle d’un développeur.
Les agents IA rendent-ils les développeurs plus productifs ?
Ils produisent plus de code, selon l’étude de Harvard et Jellyfish (+30 % de lignes), mais n’accélèrent pas significativement la livraison des projets, car la relecture et les tests prennent plus de temps.
Conclusion
Un correctif du noyau Linux écrit par une IA, sous l’œil de Linus Torvalds, montre que les agents de code atteignent des zones critiques du logiciel. Reste à voir si les mainteneurs l’accepteront. Suivez les prochaines étapes sur notre page des avancées vers la superintelligence, et retrouvez les outils dans l’annuaire des agents IA.
Sources
- Hardware Busters, « Linus Torvalds uses Claude Code to rework the Linux page cache », 12 octobre 2026
- Phoronix, « Linus Torvalds Working On A Hefty Linux Kernel Improvement With Claude Code », 11 octobre 2026
- Borncity, étude Harvard et Jellyfish sur les agents de code, 11 octobre 2026
- AI Weekly, AI News Today, 13 octobre 2026